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(OFF)icielle : beaucoup de bruit pour rien … ou presque.
Notre sélection qui sauve l’honneur

Hugo Saadi in Toute la Culture, Wednesday 22nd October 2014, France.


Pour la première année, la FIAC lançait son édition satellite, (OFF)ICIELLE aux Docks – Cité de la Mode et du Design. Malgré une capacité de 3700 mètres carrés et 68 galeries issues de 14 pays différents, cette première édition est un cru terne et peu transcendant. Heureusement, quelques galeries sauvent l’honneur, retour sur celles-ci.

Le sous-sol et le premier étage de la Cité de la Mode servent de décors pour accueillir des galeries qui ont manqué de folie et se maintiennent dans un certain conservatisme et une rigueur qui n’éveille pas les sens du spectateur. La Nef du Grand Palais ne peut malheureusement pas venir en aide à cette ambiance trop salon porte de Versailles. Trois galeries réussissent à tirer leur épingle du jeu en proposant un regard différent de leurs confrères trop statiques ou peu inventifs.

La première, la galerie Christian Berst fait le plein avec pas moins de huit artistes exposés. Les dessins représentant de petites figurines d’hommes bodybuildés de Misleidys Castillo Pedroso attrapent le regard depuis la première allée. Les muscles sont saillants et les couleurs vives, ces surhommes semblent être tout droit sortis d’un dessin animés de super-héros. Cette jeune mexicaine de 29 ans a commencé très tôt à dessiner ces figurines à l’aide de crayons de couleurs. Les petits scotchs bruns qui s’incrustent totalement aux dessins rappellent une forme de travail très scolaire et c’est cela qui est touchant.

Toujours dans le domaine de petites silhouettes, Carlo Zinelli s’attache à remplir l’espace d’une multitude de détails (fleurs, humanoïdes, animaux, onomatopées, habitations …) souvent sortis de son monde imaginaire assez barré lui qui était atteint d’une « schizophrénie paranoïde ». Sa peinture à la gouache fourmille d’idées et offre alors des œuvres aux palettes d’émotions nombreuses. Chaque planche nécessite une attention particulière afin de déceler le moindre détail, la moindre écriture afin de s’imaginer pendant quelques minutes dans un monde parallèle. Le japonais Kunizo Matsumoto affiche des pages de calendrier noircies par ses notes. L’alphabet japonais est donc requis pour comprendre pleinement les œuvres, mais l’ensemble est surtout agréable à contempler plutôt qu’à décrypter.

Tout aussi « brouillon », les représentations organiques de Lubos Plny interpellent l’œil. Il décide de disséquer les parties anatomiques de l’homme et la femme et tel un labyrinthe, il relie le tout avec des traits ou artères partant dans tous les sens et aux couleurs variées. L’encre de Chine retravaillés à l’acrylique permet de bien identifier la décomposition en plusieurs couches de l’intérieur humain. Enfin Dan Miller propose également des travaux chargés, brutes de décoffrage. Des inscriptions dégoulinent et viennent se superposer à un ensemble très « bordélique » parsemé d’innombrables tracés aboutissant à une illisibilité complète doté malgré tout d’une cohérence provocatrice.

La galerie Tanja Wagner expose Paula Doepfner qui aime mélanger les matières. Dans une œuvre éphémère, le papier est coincé dans un bloc de glace qui font littéralement sous nos yeux. Ce testament emprisonné voit donc sa libération approcher au fil des heures qui passent. L’allemande Paula Doepfner joue avec le temps qu’elle décide de suspendre avec ses installations mettant en scène des fleurs et des plantes, arrachées jusqu’à la racine, prises entre deux blocs de verre. Les racines semblent saigner à en croire les écoulements de terre sur les parois vitrées tandis que les feuilles (vertes ou rouges) sont immortalisées dans des installations souvent fissurées renforçant le choc visuel.

Enfin, la galerie Particulière présente le travail de Sylvain Couzinet-Jacques. Dans sa série Standards & Poors, le photographe s’appuie sur un jeu de lumière assez original. Les vitres teintées dénaturent l’image pour un rendu flouté, mystique et captivant. Les couleurs sont également malmenées et tels des filtres, le jaune, le rouge ou encore le bleu s’étalent sur une partie sans jamais altérer la vision du spectateur. La rétine est titillée et distingue de moins en moins la photo originelle. Une belle découverte.

Dans la catégorie « ils ont essayé de sortir des chemins battus », Cynthia Daignault avec la galerie Lisa Cooley tente de nous transporter en apesanteur avec son « papier peint » cumulant les vues de monts enneigés et touche de ciel bleu, rassemblés côte à côte sur un pan de mur entier. Daniel Van Straalen représenté par la galerie Stigter Van Doesburg nous surprend avec sa superposition de Léonardo DiCaprio jeune et Brad Pitt qui fait son petit effet. La galerie Dukan livre son lot de surprise avec une peinture de Jean-Xavier Renaud portant la mention « J’aime la chatte » où l’on découvre un chat avachi sur une pile de coussin. Dans le même stand, Folkert De Jong s’amuse à diaboliser ses pantins géants… Enfin, deux galeries s’attardent sur la disparition.

La première, Annie Gentils expose les travaux de Danny Devos, à savoir une surabondance d’avis de disparitions et de faits divers glauques et de une de journaux à scandales (« une jeune fille victime toute une nuit de deux monstres »). Tandis que le travail de Gideon Rubin (galerie Rockeby) (photo ci-contre) s’attache à montrer une série de portraits de femmes le visage complètement vide, seuls les cheveux sont présents sur ces têtes de mannequins pour vitrines commerciales.

Concernant le ton un peu plus classique, les œuvres dessinées au pastel de Mathieu Cherkit (galerie Jean Broly) offrent un peu de couleurs joyeuses aux stands qui se succèdent sans susciter un grand enthousiaste. Il en va de même pour les peintures très colorées et les coups de pinceaux énergiques de Sadie Laska (galerie Bernard Ceysson).

L’imagination reprend le pas grâce à ces petites escapades pétillantes de vie tant les précédentes installations sont pauvres en originalité. (OFF)ICIELLE déçoit donc par son incapacité à amener du changement dans l’art contemporain qui se contente de reproduire ce qu’il fait depuis de nombreuses années. Il ne faudra cependant pas oublier de mentionner la programmation street-art réussie se trouvant au sous-sol bénéficiant des bonnes odeurs des nombreux foodtrucks présents pour l’occasion.


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